ParcourSup : premier bilan


Les inscriptions sur ParcourSup, c'est terminé pour cette année ! Les étudiants ont fait leurs choix, place maintenant aux délibérations, pour des réponses attendues à partir du 22 mai. Quelles premières leçons en tirer ?

1) Pourquoi ParcourSup ?

D'abord, petit retour en arrière... La plateforme ParcourSup a été lancée au mois de janvier dernier dans le but de remplacer la très critiquée APB. Elle permet aux futurs bacheliers d'y exprimer leurs voeux quant aux études supérieures qu'ils souhaitent entamer à la rentrée prochaine. La promesse est belle, celle de la validation des demandes par l'Humain plutôt que la machine. Au-delà de la volonté de supprimer toute tentation de recourir au tirage au sort du fait de la rareté des places dans certaines sections, l'idée est également de réduire drastiquement le taux d'échec inadmissible en première année (60% en 2016). Le constat généralement fait est que les étudiants ne suivent pas forcément le bon cursus : ParcourSup entend contribuer à les mener vers un avenir professionnel certes qu'ils auront choisi mais aussi pour lequel ils ont certaines prédispositions. On passera rapidement sur cette frange de jeunes qui s'inscrivent à la fac dans l'unique but d'obtenir le statut étudiant et les droits à l'accès à la sécurité sociale et à la bourse : ceux-là, évidemment, échouent ; et ceux-là, évidemment, doivent être détectés et leurs candidatures refusées.

2) Le Projet de Formation Motivé et ses dérives

Donc, au-delà de la refonte du système d'accès aux études supérieures, ParcourSup a été pensé comme un outil permettant d'aiguiller au mieux les futurs bacheliers vers le meilleur compromis entre leurs souhaits et leurs capacités. Pas une sélection, juste une aide. Pour se faire, parmi les nouveautés, il est demandé aux candidats de joindre à leurs dossiers un "Projet de Formation Motivé", permettant à chacun de montrer qu'il s'est un peu renseigné sur le cursus visé et qu'il a les compétences pour y réussir. Pas une lettre de motivation. D'abord parce que ce document a été limité à 1500 caractères. 1500 caractères ! Environ 210 mots ! Rien, quoi ! Ensuite parce que justement le terme de "lettre de motivation" fait peur et est mal compris, déjà dans la sphère professionnelle. Vous savez, le monde des grands, les adultes... Alors imaginez chez des jeunes, pour la plupart encore maternés !

D'où cette appellation de "Projet de Formation Motivé". Qui, malheureusement a fait "pschitt", l'ensemble des parties prenantes (enseignants, conseillers, médias, ...) préférant rapidement le terme de "lettre de motivation", soi-disant plus explicite. L'angoisse s'est vite propagée parmi les futurs étudiants (et leurs parents) pour qui il allait falloir composer de vraies lettres de motivation. Le délai étant assez court, certains se sont mis à rédiger des pavés, généralement incompressibles à 1500 caractères, d'autres ont fait appel à des professionnels (dont nous assumons faire partie), n'hésitant pas à débourser parfois plusieurs centaines d'euros pour quelques lignes (quand nos propres tarifs se limitent à... 15€ !).

3) ParcourSup a été mal vendu aux lycéens et à leur famille

Pourquoi cette folie et qui avait intérêt à faire déraper certains comportements ? Loin de nous l'idée de désigner qui que ce soit. Mais il faut admettre que, certainement, le processus a été très mal expliqué. Pour faire simple : - l'élément qui fera qu'un dossier sera ou non retenu est le dossier scolaire du futur bachelier, et notamment les notes des bulletins de 1e et Terminale. - en cas d'un trop grand nombre de dossiers éligibles, le Projet de Formation Motivé sera étudié. On pouvait aisément imaginer, en y réfléchissant un peu, que tous ces courriers ne pourraient pas, ne seraient pas lus. - et, au final, il s'agit là du seul parallèle qu'on peut faire avec le monde professionnel, où un recruteur choisit principalement sur CV, la lettre dite "de motivation" n'étant là que pour départager des postulants en cas d'un trop grand nombre de candidatures recevables.

4) Les premiers enseignements

À ce stade, difficile de faire un bilan de ParcourSup. D'une part parce que la procédure, si elle est terminée du côté des futurs étudiants, entre maintenant dans la phase décisive qui mènera aux affectations : le nombre ahurissant de jeunes laissés pour compte l'an passé avec APB laisse de grands espoirs quant à une relative réussite de la nouvelle plateforme. D'autre part, parce qu'il s'agit d'un système naissant qui, bien sûr, est loin d'être parfait en cette première année de fonctionnement, mais qui va sans nul doute s'améliorer grâce aux retours de chacun et chacune. Pour ma part, je pense vraiment qu'il faudra clairement expliquer aux lycéens que leur meilleure carte de visite reste leurs (bons) résultats et que le Projet de Formation Motivé n'est pas une lettre de motivation traditionnelle, en ce sens qu'elle n'a pas de vocation professionnelle.

Enfin, au-delà de ParcourSup et avec un regard davantage tourné vers le monde professionnel , voyant l'affolement provoqué par l'évocation d'une "lettre de motivation" (certains jeunes sont allés jusqu'à abandonner l'idée de faire des études), nous ne pourrons, une fois de plus, qu'insister sur le fait que cette expression est désuète, mal à propos et trop vague. Et parce que les mots ont un sens, nous lui préférons définitivement celle de "lettre de candidature" qui exprime complètement l'objet d'un tel document.

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